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(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); Algérie et Arabie saoudite : constat similaire, stratégies opposées - Algeria latest news

L’Algérie et l’Arabie saoudite, deux pays pétroliers, font face aux mêmes défis avec le contre-choc pétrolier et l’effondrement de leurs revenus. Tous deux sont confrontés à l’urgente nécessité de diversifier leurs économies respectives. Seulement, ces deux pays n’ont pas les mêmes armes ni les mêmes méthodes…

L’Arabie saoudite est assise sur les plus importantes réserves pétrolières du monde, accompagnées d’un fonds souverain, de réserves de change et d’actifs à l’étranger d’une valeur de plusieurs centaines de milliards de dollars. En face, l’Algérie parait bien modeste avec ses 140 milliards de dollars de réserves de change et son Fonds de régulation des recettes (FRR) déjà pratiquement vide.

Mais surtout, la grande différence réside dans la réaction à la crise, la stratégie mise en place pour en sortir et les moyens, politiques et économiques que se donnent les décideurs des deux pays. Le fossé entre l’Algérie et l’Arabie saoudite est encore plus flagrant. TSA a établi un comparatif entre les deux stratégies face à la crise.

Anticipation contre déni de la réalité

La crise pétrolière a commencé à l’été de 2014. À ce moment-là, les dirigeants algériens refusaient la moindre mention des termes « crise », « rigueur » ou encore « stratégie ». Sans doute trop occupés à espérer un retour à la « normale » et à surveiller les cours du baril du côté de la bourse de Londres. Il aura fallu attendre fin août 2015 pour voir une prise de conscience et un changement de ton. La crise était là pour durer mais, malgré les avis d’experts et les données implacables du marché, l’on refusait toujours de se rendre à l’évidence.

En face, l’Arabie Saoudite est en partie à l’origine de la durée prolongée des faibles prix du pétrole, à travers sa volonté d’inonder le marché pour conserver les parts au sein l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Cela dit, le royaume wahhabite l’assumait publiquement, refusait de soutenir les cours et reconnaissait volontiers les conséquences de la baisse des prix sur ses propres finances. Mais les Saoudiens avaient un plan établi, un objectif clair et avaient déjà entamé une réflexion sur la mise en œuvre d’une stratégie.

En effet, l’on apprend aujourd’hui que le prince Mohamed Ben Salmane initiait, dès 2014, un plan titanesque de 2 000 milliards de dollars pour sortir l’économie de son pays de la dépendance aux hydrocarbures. Ministre de la Défense, le prince ben Salmane est aussi à la tête d’un Conseil national, spécialement créé pour gérer l’économie du pays. Son père, l’actuel roi Salmane, lui donne également le contrôle du géant pétrolier public, Saudi Aramco.

La réflexion contre l’improvisation

La préparation de ce plan saoudien baptisé « Vision 2030 » mérite que l’on s’y attarde. Deux longues années de préparation, en coulisse, sans aucune déclaration médiatique grandiloquente sans lendemain. Entouré de spécialistes, le prince Ben Salmane a patiemment planché sur une stratégie détaillée, pragmatique. Lui qui avait été écarté de toute responsabilité par feu le roi Abdallah, a su regagner le respect du Vieux souverain, de 59 ans son aîné, et s’est vu confier ni plus ni moins que l’avenir du Royaume.

En Algérie, le constat est tristement amer. Le premier ministre Abdelmalek Sellal a annoncé, en mars dernier, un « nouveau programme économique » pour le mois d’avril courant, en réaction à la crise. Nous sommes le 26 avril et Sellal n’a toujours pas soufflé un mot sur cette « nouvelle stratégie ». Mais plus que cela, le gouvernement annonce la formulation d’un nouveau programme en l’espace de… deux mois, après avoir nié l’existence même de la crise. Est-il raisonnable qu’une refonte crédible de la stratégie économique puisse être élaborée en si peu de temps ?

Sans préjuger de la réussite des uns et des autres, le prince Ben Salmane a le mérite d’avoir pris le temps de la réflexion, d’avoir imposé sa méthode et d’avoir réussi à faire taire tous ses détracteurs, non par la force mais part les résultats obtenus, que nous détaillerons plus bas.

Mesures courageuses contre bricolage conjoncturel

En Algérie, l’emprunt obligataire est présenté comme « la panacée », une mesure révolutionnaire qui suffirait presque, à elle seule, à sortir l’Algérie de sa dépendance et diversifier son économie, si on croit le gouvernement. Pourtant un emprunt obligataire est, ailleurs, un exercice courant d’une banalité sans nom. Hormis les cas où ces emprunts d’État de large envergure sont adossés à de grands projets structurants – comme l’agrandissement du canal de Suez en Égypte – ces levées de fonds servent à financer la dette et « faire tourner la machine » économique. En somme, l’emprunt ressemble plus à une solution de facilité pour combler le déficit budgétaire colossal qui s’annonce pour 2016.

L’emprunt obligataire de l’État algérien a fait l’objet de dissensions au sein même du gouvernement. Le ministre des Finances, Abderrahmane Benkhalfa, a fini par exaspérer le Premier ministère qui a dû intervenir à maintes reprises pour corriger les « aberrations » du plan initial. Du montant de l’emprunt dérisoire à des taux d’intérêt inférieurs à l’inflation, les idées initiales auraient conduit vers « un flop assuré ». Dernière « correction » en date, l’émission d’obligations d’une valeur de 10 000 dinars, au lieu de 50 000 dinars, « trop chers », initialement prévus. Ce qui en dit long sur le sérieux et la rigueur de la démarche.

Par ailleurs, le projet de loi sur la promotion de l’investissement constitue certes un pas dans la bonne direction, mais il reste enfermé dans un carcan et dans une logique de contrôle quasi-obsessif. Certaines mesures sont purement cosmétiques, en déplaçant certaines dispositions d’un texte réglementaire à un autre. D’autres consistent à supprimer des mesures surannées et jamais appliquées.

De l’autre côté, dans le lointain royaume saoudien, les autorités opèrent une révolution. Au-delà de la libéralisation et des investissements tous azimuts, c’est tout le fonctionnement de l’administration qui est revu. Dans le même ordre d’idée, l’Arabie saoudite compte céder 5% de sa compagnie pétrolière Aramco. Sans doute l’entreprise la plus stratégique (et la plus chère ?) du monde, assise sur les plus grandes réserves d’or noir de la planète. En tout, en ajoutant la cession d’actifs saoudiens à l’étranger, ce sont 2000 milliards de dollars qui seront mis à la disposition des autorités pour diversifier l’économie. Un cap est déjà fixé : à partir de 2030, l’Arabie saoudite n’aura plus besoin de pétrole pour vivre.

La méthodologie et la mentalité

Pour pouvoir mener une telle politique, le prince Ben Salmane a dû affronter les conservateurs de son pays, révolutionner les mentalités et aller à contre-courant des idées établies. Le ministre de la Défense a notamment « effacé la bureaucratie », un mal qui gangrène tant l’Arabie saoudite que l’Algérie. Des procédures qui prenaient 2 mois ont été réduites à un seul jour.

De plus, l’Arabie Saoudite, 4e acheteur d’armes dans le monde, a mis en place une équipe d’experts techniques et renforcé le département légal du ministère. Le but ? S’assurer de la conformité et la qualité des achats, ainsi que supprimer la corruption tentaculaire en analysant tous les aspects des contrats d’armement. Le tout, avec l’assistance de deux cabinets de consulting spécialisés, Booz Allen Hamilton et le Boston consulting group, qui conseillent aussi le gouvernement américain par exemple.

L’Arabie Saoudite est pourtant un pays qui subventionne à tour de bras, dominé par la logique rentière, où l’essentiel des emplois est assuré par le secteur public et où le budget de l’État ainsi que la quasi-totalité des exportations sont tirées des hydrocarbures. Cette description ressemble, à s’y méprendre, à la situation algérienne. Cela n’a pas empêché le gouvernement de réduire drastiquement ses dépenses (25%), réduire fortement l’essentiel des subventions à travers une hausse de 1 000% des prix de l’eau et de 50% des prix du carburant par exemple. Pourtant, rien n’empêchait l’Arabie saoudite de puiser dans ses gigantesques réserves financières et continuer à vivre au-dessus de ses moyens, comme est en train de le faire l’Algérie.

Autre exemple, plus symbolique mais révélateur de la détermination du personnage, le prince ben Salmane affirme vouloir donner plus de droits à la gente féminine dans son pays. Il affirme vouloir, enfin, autoriser les femmes à conduire. Selon ses propos, il attend seulement le moment opportun pour affronter la « vieille garde » conservatrice, quitte à remettre en cause le « pacte » scellé entre la monarchie et les tenants du wahhabisme. Il n’est pas question ici de se réjouir d’une « avancée » qui devrait être un droit fondamental, mais il s’agit de saluer une volonté de surmonter les blocages et de changer les mentalités.

D’ailleurs, cette ouverture sur les droits des femmes en Arabie Saoudite est d’abord stratégique : le prince ben Salmane dit comprendre que le développement de nombreux secteurs de l’économie (ceux du tourisme et de la finance par exemple) est impossible sans un changement des mentalités, notamment à l’égard des femmes.

Là aussi, il s’agit pour les dirigeants de l’Algérie de s’inspirer de cette détermination à surmonter les blocages, la logique rentière et renverser des tabous, quitte à bousculer des intérêts obscurs et les diverses forces de blocage.

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