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(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); Israël : des maternités accusées de pratiquer la ségrégation - Algeria latest news

Les hôpitaux sont souvent présentés comme des symboles d'une coexistence possible entre Juifs et Arabes. Mais plusieurs de ces établissements viennent d'être épinglés par une enquête de la radio publique.

Les hôpitaux publics israéliens, souvent décrits comme les lieux d'une coexistence exemplaire entre communautés, se retrouvent au cœur d'une embarrassante polémique. Une enquête diffusée mardi 5 avril par la radio publique accuse cinq grandes maternités d'appliquer en toute illégalité une ségrégation de fait entre mères juives et arabes. Les établissements incriminés - Hadassah-Mont Scopus, Hadassah-Ein Karem et Shaare Tsedek (Jérusalem), ainsi que l'hôpital Ichilov (Tel Aviv) et le centre médical Meir (Kfar Saba) - comptent parmi les plus réputés du pays. Ils ont aussitôt réfuté les soupçons émis à leur encontre, tandis que

le ministère de la Santé a exprimé «son opposition à toute séparation sur des bases religieuses, nationales ou communautaires».

L'auteur du reportage, une journaliste prétendant être enceinte, a contacté chacun de ces établissements en exprimant clairement son refus de partager sa chambre avec une patiente non juive à l'issue de son accouchement. «Ce n'est pas un problème, nous faisons toujours comme ça», lui a répondu, selon un enregistrement, une femme qu'elle présente comme une sage-femme travaillant à l'hôpital Hadassah-Mont Scopus. Alors que la «patiente» insiste pour savoir s'il s'agit d'une politique de l'établissement, celle-ci lui répond par l'affirmative. «Surtout à la maternité, ajoute-t-elle. Nous essayons toujours d'arranger des chambres séparées.»

Incompréhensions et méfiance

Cette controverse est un mauvais coup pour l'hôpital Hadassah, qui symbolise la délicate coexistence entre communautés au point d'avoir été pressenti, en 2005, pour recevoir le prix Nobel de la paix. Palestiniens de Jérusalem-Est et Juifs religieux venus du quartier ultraorthodoxe de Méa Shéarim s'y côtoient au quotidien, le plus souvent sans accroc. À l'automne, tandis qu'une vague de violence s'abattait sur la ville, de nombreux reportages ont dévoilé le quotidien de ce lieu où, quel que soit le niveau de tension, des médecins juifs soignent des assaillants palestiniens blessés par les forces de l'ordre autant que leurs collègues arabes prennent en charge des victimes israéliennes d'attaques au couteau.

«Nous sommes fiers d'accueillir tous les patients sans jamais faire de distinction et de contribuer ainsi à une meilleure coexistence», soutient Hadar Elboim, la porte-parole d'Hadassah, que la controverse soulevée par la radio publique israélienne agace manifestement. Son collègue de l'hôpital Ichilov, Aviv Shoshan, soutient pour sa part qu'«aucune différence de couleur ou de religion n'est établie entre les patientes». «Nous essayons bien sûr de répondre au mieux à toutes les demandes formulées par les futures mères, précise-t-il, mais rejetons celles qui sont manifestement guidées par des considérations racistes.»

«Mon épouse n'est vraiment pas raciste mais après son accouchement elle n'a pas envie de se retrouver au milieu d'une de ces fêtes que les femmes arabes organisent à la naissance de leurs enfants»

La polémique, amorcée par la diffusion du reportage, a pris une autre ampleur lorsque le député d'extrême droite Betzalel Smotrich (Foyer juif) a publié deux tweets incendiaires. «Mon épouse n'est vraiment pas raciste, peut-on lire sur son compte, mais après son accouchement elle n'a pas envie de se retrouver au milieu d'une de ces fêtes que les femmes arabes organisent à la naissance de leurs enfants.» Dans un message écrit peu après, il complète: «Il est naturel que mon épouse n'ait pas envie de s'allonger à côté d'une femme venant de donner naissance à un bébé qui, vingt ans plus tard, voudra peut-être tuer son propre enfant.» Une intuition que l'intéressée a depuis clairement confirmée. «La naissance est, de mon point de vue, un moment sacré, a notamment déclaré Revital Smotrich, et je serais très heureuse que des mains juives soient les premières à toucher mon bébé lorsqu'il viendra au monde.»

Ces propos, immédiatement condamnés par le chef de file du Foyer juif ainsi que par la quasi-totalité de la classe politique, illustrent le net durcissement du discours tenu par la frange la plus radicale de la coalition au pouvoir. Le regain de violence enregistré depuis octobre 2015 attise à l'évidence les incompréhensions, la méfiance et les tensions entre la majorité juive et le 1,8 million d'Arabes israéliens. «Nous n'avons pas le droit de rendre les armes face aux esprits mauvais qui soufflent sur le pays», estime le député arabe israélien Ahmed Tibi, qui a écrit au ministre de la Santé pour lui demander d'enquêter sur les «terribles discriminations» dont viennent d'être accusés certains hôpitaux du pays.

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